Des goûts, des couleurs et des démons

Des goûts, des couleurs et des démons

 

C’est inoffensif et amusant, se justifient les parents. C’est pour rire, disent les enfants. C’est inacceptable, se fâchent les plus religieux : S’associer de plein gré au sombre rituel de dédier un jour au diable !  Halloween ? non, mais sérieusement !

 

Un publicitaire y voit un superbe scoop marketing et encourage les bals déguisés par ces termes : Dans un monde désormais en proie à une crise d’identité qui ne jure plus que par les réseaux sociaux, retrouvons-nous face à face, pour nous dévisager à travers les masques, sans préjugés, l’espace d’une soirée.

 

Les psychologues  n’hésitent pas à suggérer la parade nocturne comme l’occasion rêvée de vaincre sa timidité tout en échappant à la pression sociale du  «  paraître beau » et  «  faire bonne impression ». Ce soir, disent-ils, personne ne vous juge. Vous pouvez faire peur, pitié, ou susciter le dégoût, vous n’en sortirez que satisfaits de vos choix, sans  contrainte de les assumer le lendemain.

 

De point de vue esthétique, ce n’est certainement pas de l’art pour l’art. Malgré les efforts notables des designers ainsi que les couleurs magnifiques qui peignent les corps et les paysages urbains, on ne se travestit pas pour la beauté de l’accoutrement. Au contraire, on se masque à outrance pour se faire remarquer, susciter une réaction chez les autres. On emprunte une identité temporaire mais c’est notre ego écrasant qui en récolte les fruits.  Oui : on est bien là, on simule, on joue un rôle, on est donc une star.

 

Les sondages de cette année révèlent des chiffres plus terrifiants que les citrouilles vidées et éclairées de mes voisins. Au Québec, 85 millions de dollars ont été dépensés pour célébrer Halloween 2011. Eloigner les mauvais esprits coûte  cher aux consommateurs aussi bien qu’à la politique militaire des grandes puissances. Or les fantômes ne s’effraient pas les uns les autres, on sait donc, malgré tout, qu’on est en terrain sûr.

 

Dans ma rue, qui va être peuplée d’ogres, de vampires et de cadavres ambulants, je sortirai tout à l’heure, âme errante propulsée sur le trottoir, derrière des files indiennes grelotant de froid. S’amuser à faire peur pour vaincre ses propres démons peut aider, même les adultes, à grandir ou à choisir : Farce ou Bonbons ?

 

31 octobre