L’humour strategy
Il place les produits dans mon sac écologique réutilisable. Les jus et boîtes de conserve bien au fond et les produits frais à la surface. Je règle le montant de mes achats à la caissière qui converse à mi voix avec lui et je pense : Il est doué le nouveau.
C’est à ce moment qu’il me sourit : En fait, je ne travaille pas ici, lance-t-il, voici ma carte. Dubitative, je lis rapidement en dessous de son nom, sa profession : Physiothérapeute. C’est une blague ? Il enchaîne en énumérant les différents genres de traitements qu’il peut administrer à domicile. Je ne peux m’empêcher de dire naïvement : Et vous remplissez les sacs au super ? À des fins de marketing, répond-t-il avec dignité.
Je m’éloigne inquiète d’être victime d’un tour de caméra cachée. Mon sac plein à craquer réveille ma douleur chronique aux lombaires. Pas bête du tout le physiothérapeute, partant du principe que toute ménagère est une patiente potentielle !
Même jour dans l’après midi, une dame, la cinquantaine, chapeau de paille et pantoufles de plage, squatte la sortie d’une rôtisserie, vaporisateur Feebreez à la main. Chaque fois qu’un client s’apprête à sortir avec ses achats, elle l’asperge du déodorisant fraîcheur avant qu’il ne puisse rouspéter. Certains pouffent de rire, d’autres remercient en mettant 25 sous dans sa canette. Je vérifie : toujours pas de caméra. Je trouve l’idée géniale ! Combien de fois ai-je dû prendre un bain après un passage au restaurant ou au marché ? Ma ville m’offre tous les jours des clichés hybrides sur fond de chômage et de crise mondiale généralisée !
Le soir lors d’un souper je fais la connaissance d’une dame dont j’ai beaucoup entendu parler. Passionnée de magasinage, elle épluche chaque semaine les dépliants de toutes les grandes surfaces à la recherche des offres promotionnelles. Elle vous dira par exemple si aujourd’hui la glousse d’ail est en promo chez Adonis, si Canadian Tyre a escompté ses parasols, si Sears a liquidé sa collection de taies d’oreiller. À l’occasion, j’apprends qu’elle a récemment démissionné d’un poste administratif qui l’ennuyait et s’est mise à son propre compte comme « conseillère en achats intelligents ». Elle est là pour ceux qui ratent les offres et se font ruiner par des attrapes nigauds. Débordée d’appels, elle compte présenter sa candidature auprès de la société nationale de protection des consommateurs pour le prix individuel du « magasineur futé ».
Qui a dit que le marché était saturé ? Un brin d’humour et un peu d’imagination peuvent produire de petits miracles !
juin 2011