J’quitte

J’quitte

 

Tu restes l’année prochaine ?

Question phare du mois de Juin dans les écoles !  Pas seulement dans les pays politiquement instables où le turn over des familles expatriées est élevé ! Du Québec, on part aussi, définitivement. Sinon, on se déplace, d’une ville à l’autre pour éviter la stagnation, on bouge d’une rue, on refinance son prêt hypothécaire, opte pour une autoroute en plus ou en moins, un garage, un cabanon, ou une piscine creusée…

Les habitants de Montréal changent de logement  très souvent, à une date fixe tous les ans : le 1er Juillet. Scolarisation géographique oblige, les enfants découvrent à cette occasion une nouvelle école.

Les amis encouragent : c’est très enrichissant ! Les assistantes sociales alertent :  Il ne faut pas minimiser le stress causé par un changement de repères.

Parmi les parents qui attendent, au soleil ou à l’accueil, on reconnaît désormais ceux qui ne seront plus là à la rentrée. Ils font la conversation autour de thèmes précis :

Dis-moi, qu’est ce que tu apprécies le plus chez tes déménageurs ?

Leur taille.

Moi, je déteste qu’ils sifflotent en travaillant.

Combien ça t’as pris avant de te sentir à l’aise dans une maison à deux étages ?

Tu connais quelqu’un pour démonter les lits superposés ?

Même si le déménagement n’est pas subi, on n’en souffre pas moins pour autant !

À mesure que le mois de Juin s’effiloche les mères perdent leur éclat, arrivent à la sortie des classes un peu pâles. Normal ! Elles ont fait les cartons toute la nuit.

Les pères ne viennent plus ”déposer” le matin, ils sont occupés à liquider les voitures ou repeindre les murs. Les termes cauchemar et papier bulle, remplacent beau week-end ensoleillé sans devoirs.

La cogitation classique hante la plupart : pourquoi ai-je donc accumulé tant de meubles ?

Solution : Braderie de garage.

À chaque coin de rue on tombe sur une pancarte : À vendre, départ définitif, brocantes rares…

Comment aborder le deuil de ses biens matériels ? Faire le ménage de sa vie, se dépayser de ses souvenirs, quelle épreuve !

Allez, un dernier regard sur les pièces exposées dans le jardin qui sera bientôt dévalisé par les assoiffés de bonnes affaires.

Si les affichettes ne font  pas le job, on tente les courriels, illustrés de photos, en demandant aux amis de faire suivre. Tout le monde se mobilise en solidarité avec les vagabonds. La voisine si gentille signe la réclame envoyée en copie:

Tu me manques déjà, mais avec la sécheuse que je te reprends je penserai souvent à toi !

 

Juin 2011