Textes ecrits et lus par Maya Waked au CFCC – Le Caire en commentaire de photos inedites du Liban – Rencontres du 2 et 9 Juin

Quand on lit un livre on en rêve le visuel

On se dessine pour soi même le cadre de son histoire,

les sourires qui l’éclairent,

les couleurs qui l’illuminent 

 

J’ai choisi pour vous ce soir

des visuels qui ressemblent à mon roman

dont le cadre est le Liban d’une jeunesse en rage de vivre

Des photos qui illustrent une ambiance que je ne décris pas forcément

mais que je laisse soupçonner  …..par des allusions,

que je laisse deviner  par des nostalgies,

que je dévoile dans les souvenirs. 

 

Pour quelqu’un qui le découvre, Le Liban reste  un mélange inexplicable de contradictions particulières.

Des gens qui évoluent dans un modernisme

et une simplicité en même temps

dans une ouverture d’esprit et un conservatisme aussi

Armé d’humour noir et d’un instinct de survie !

 

Sa nature est ce qui manque le plus

A un Libanais, parti vivre ailleurs

Le mal du pays est tellement violent

qu’il n’a d’égal que l’apprentissage de chaque retour

Quand le cocoon de la terre natale se ressert autour de son  cou comme un étau

Il sent qu’elle n’existe plus réellement, telle quelle,

sinon dans sa nostalgie 

Longtemps surnommé Pays des cèdres, ou encore Suisse de l’Orient, je vous laisse lui trouver le nom que vous voulez, celui que vous inspirent ces images, 

 

Des villages oubliés intacts

regroupés autour du clocher de l’église

des village ou l’on est  bercé par le son flûté du vent,

où l’on se rencontre sur des places ensoleillées

où l’on grave des promesses sur les troncs des forets de pins.

Le soleil, flirte avec les paysages découpés à ses pieds,

et en se couchant laisse des baisers sur les pointes des toits des maisons  

 

-      Ah tu es libanais, Tu connais M. un tel ?

-      Non …le Liban est un petit pays mais ça ne m’oblige pas à connaître tous mes compatriotes  

 

Dans mon pays la mer est toujours très proche

Les églises côtoient les minarets

Les artisans entretiennent la légende

Des ruines racontent son histoire

Et le soleil est toujours au rendez vous  

Nous avons de vieux dictons,  des proverbes

et des chansons anciennes

fredonnées par les pêcheurs 

inspirées par la mer

Celle des grands voyages

Dans ces comptines, nous oublions nos différences

sémites, phéniciens, musulmans ou chrétiens…

qu’importe puisque nous sommes ce que nous sommes un peu de tout cela, et c’est peut être notre richesse!  

Je n’ai pas choisi de naître ici,

au creux de cette montagne si fière,

sous ce bleu de ciel insolent, même en plein hiver.

Mais il semble que la rosée fraîche des matins

a laissé son empreinte sur ma peau à jamais,

et je ne peux que foisonner avec cette nature

in -traduisible, que seul le souffle du petit matin peut détecter. 

 

Tapis blanc au lieu de tapis rouge,

Ma nature n’aime pas les fastes

Elle s’habille de paix, de blancheur chaque année

Et demeure mystérieuse

 

-      Ah tu es Libanais, on reconnaît bien ton  accent

-      Je porte mon accent comme une seconde peau pourtant je parle la même langue que toi. 

 

 La brume froide rampe chaque nuit vers la montagne.

Mais le lendemain le soleil est à nouveau là,

pour dire que c’est une autre journée qui se dessine,

une invitation à enterrer  ses soucis et se renouveler  !!

 

Mais  malgré les printemps fleuris, le bruit des canons retentit toujours comme une musique de fond

Le spectre de la guerre n’est jamais loin

mais  entre temps carpe diem  on survit

on a recours à ce fatalisme oriental qui nous sied bien

à cette implacable force de l’habitude

à cette pulsion de vie qui naît à force de côtoyer la mort tous les jours ! 

 

Les brochures touristiques promettent ruines romaines, verdure, paysages dignes de carte postales, pistes de ski, architecture atypique et marchands ambulants

Mais les enfants du Liban rêvent à la vie et à rien d’autre

Qu’on ne leur demande plus de repousser leurs projets, de reporter leurs rêves !

 

Car le bonheur est à portée de main, tous les jours

La somme des petites joies

Les moments uniques à partager

Dans la convivialité et l’hospitalité caractéristiques

Bref…la vie à croquer à pleines dents

 

Certains ont vu dans Noura l’héroïne de mon roman le symbole du Liban lui-même, tiraillé par guerres et paix temporaires en quête du bonheur… …la lecture comme on a dit est un visuel….

Au delà des mots et par ses photos j’ai voulu vous montrer,

Le Liban de mon enfance, de ma jeunesse, le Liban des Cèdres !  

Ne laissez personne vous le décrire autrement. 

 

Maya Waked

 

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