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Birthday Phobia

( English text follows below )


À chaque fois que je m’installe dans un nouveau pays et me fais de nouvelles connaissances, je redoute le moment où les questions deviennent personnelles. Pourtant, j’aime bien parler de ma famille, de ma ville natale, de la rencontre avec l’homme de ma vie…

Par contre, la question « quel est ton horoscope ? » a toujours été problématique.

Ne me comprenez pas mal, j’adore mon signe astrologique. Les natifs du Bélier, sont dynamiques, obstinés (au bon sens du terme) et plutôt optimistes. Tout le monde leur reconnaît de belles personnalités, nées au début du printemps, et associées aux beaux jours. Mais il y a la question qui vient juste après : «En Mars ou en Avril ? Quelle date ? »

Face à mon sourire hésitant, on s’empresse de me rassurer : « Pas l’année, coquette, juste le jour pour te souhaiter, bon anniversaire. »

Croyez moi, il ne s’agit nullement d’une coquetterie féminine. Ce n’est pas l’année qui me bloque, c’est le jour et le mois ! « Mais pourquoi ? » Mes interlocuteurs restent perplexes.

Il n’ont jamais rencontré quelqu’un qui n’aime pas sa date de naissance, qui la cache de son profil Facebook, qui refuse que les autres l’ajoutent sur leur calendrier d’amis. Je hausse les épaules à chaque fois, incapable de me justifier.

Le mystère s’est élucidé, enfin, il y a quelques années, lors d’un verre que je partageais avec une nouvelle connaissance, psychanalyste de profession.

Quand ma date d’anniversaire fut évoquée avec réticence, le verdict tomba :

« Tu associes cette date à un souvenir désagréable, à un échec. »

Après un bref moment de surprise, je passai aux aveux en plaidant non coupable.

Voilà : Je suis née durant la guerre libanaise et l’appartement de mes parents se situait à deux pas de ce qu’on appelait la ligne de démarcation entre l’Est et l’Ouest de la capitale, où s’affrontaient les milices locales. Durant les 15 années, la ville a connu des périodes d’accalmies qui duraient l’automne et l’hiver.

Néanmoins, en Avril, et malgré le proverbe qui conseille de ne pas se découvrir d’un fil, les combattants se retroussaient les manches, sortaient de leur hibernation et les ‘’ événements’’ reprenaient : bombardements, tirs de roquettes, franc tireurs, circulation interdite sur les axes routiers principaux, quartiers isolés, cours à l’école suspendus.

Classe de 9ème, à la mi avril, j’invite, je distribue les cartes, maman commande le gâteau, mais je passe mon jour d’anniversaire à l’abri avec nos voisins de palier. En 8ème, mêmes préparatifs, boissons et sandwichs au jambon/fromage, mais aucun ami en vue.

En 7ème nous étions réfugiés chez un oncle ou une tante.

Classe de 6ème, à quelques jours de la date, je surprends une conversation entre trois camarades :

- « Non, je n’y serai pas, mes parents ne sont pas d’accord pour que j’aille à sa fête.

- Moi non plus. D’ailleurs, il n’y aura pas grand monde, comme d’habitude.

- Il paraît que son quartier est risqué ! »

Chaque année, je devenais la camarade maudite, née à la mi Avril, joviale de nature, mais condamnée à organiser des soirées d’anniversaires où personne n’a envie d’aller. J’en voulais secrètement à mes parents d’avoir choisi ce quartier pour y habiter, mais aussi à tous mes camarades résidants des quartiers épargnés par les combats, où chaque année les bougies étaient soufflées à temps, en dépit des bombes qui s’abattaient de l’autre coté de la ville.

Classe de 5ème, maman essaie de me convaincre de ne rien planifier mais j’insiste. Rebelote, le matin de la célébration mes amis se décommandent par téléphone, l’un après l’autre. Pourtant vers 16 heures, heure prévue de la fête, on sonne à la porte : Nathalie, une fille de ma classe attend sur le seuil, un énorme ours en peluche dans les bras. Nathalie habitait une rue voisine et a pris le risque de venir à pieds pour honorer mon invitation. Elle ne savait pas que la fête était annulée vu que tous s’étaient excusés. Je n’oublierai jamais le sourire de Nathalie qui défiait l’absurdité de la guerre et se moquait des peureux et de leur zone de confort. Je n’oublierai jamais la part de gâteau que nous avions partagé en riant aux éclats.

Je suis née un 16 Avril, je n’ai plus peur de l’avouer, c’est le symbole de tous les risques que j’ai continué à prendre dans ma vie.

Je dédie ce texte à toute personne qui s’est sentie isolée ou déçue le jour de son anniversaire ou n’importe quel autre jour et qui ne s’est pas découragée.

Je le dédie aussi à tous les natifs du Bélier, et surtout à Nathalie.

Birthday Phobia


Every time I move to a new country and make new acquaintances, I dread personal questions moment. Yet I like to talk about my family, my hometown, the encounter with the man of my life…

However, the question ‘‘what is your horoscope?’’ has always been problematic.

Don’t misunderstand me, I love my astrological sign. The natives of Aries, are dynamic, stubborn (in a good sense) and rather optimistic. Everyone praises their beautiful personalities and associates them with early spring.

But there is the question that comes next: '' In March or April? What date ?''

If I hesitate to answer, people usually reassure me : '' not the year, pretty, just the day to wish you, happy birthday.''

Believe me, I am not embarrassed to disclose the year of my birth, but rather the day and the month! ''Why?''Everyone is puzzled. No one has ever met someone who doesn’t like their date of birth, who hides it from their Facebook profile, who doesn’t want friends to save it in their calendars. I shrug my shoulders every time, unable to justify myself.

The mystery was finally solved a few years ago, when I shared a drink with a new acquaintance, a psychoanalyst by profession. When my birthday was reluctantly mentioned, the verdict fell : '' You associate this date with an unpleasant memory, with a failure.''

After a brief moment of surprise, I confessed by pleading not guilty.

The thing is, I was born during the Lebanese War and my parents' apartment was a stone’s throw away from the borderline between the east and west of the capital, where local militias clashed. During the 15 years, the city experienced periods of truce that used to last through the autumn and winter seasons.

Nevertheless, in April, and despite the proverb that advises not to ‘’ remove a thread of clothing’’ the fighters rolled up their sleeves and the ‘’ events’’ resumed: shelling, rocket fire, blocked roads, school cancelled.

9th grade, mid-April, I hand out my invitation cards, mom orders the cake, but I spend my birthday in a shelter with our next-door neighbors.

8th grade, nobody shows up to taste the ham and cheese sandwiches decorating the dining table. 7th grade we have to move to my uncle’s or aunt’s house.

6th grade, I overhear a conversation between three classmates, a few days before the party :

"No, I won’t be there, my parents did not allow me to attend her party.”

"Neither will I. Besides, there won’t be many people, as usual.

"It seems that her neighbourhood is too risky!"

Every year, I was the cursed girl, born mid-April, cheerful by nature, but condemned to plan birthday parties that no one can attend.

I was secretly mad at my parents for choosing this neighbourhood to live in, but also jealous of my fellow students, living in safe areas, where birthday candles were blown in time despite deadly bombings on the other side of the city.

Fifth grade, mom’s tries to convince me not to plan any gathering, but I insist. The same day, my friends cancel their attendance by phone, one after the other. However, around 4:00 pm, the party’s scheduled time, the doorbell rings. Nathalie is waiting on the threshold, a huge teddy bear in her arms. Nathalie lived on a nearby street, and took the risk of coming on foot to honour my invitation. She didn’t know the party was canceled because everyone had apologised. I will never forget Nathalie’s smile as she defied the absurdity of war and mocked the cowards and their comfort zone. I will never forget the piece of cake we shared laughing out loud.

I was born on April 16, I am no longer afraid to admit it. It represents all the risks I have taken in my life, since then. I dedicate this text to anyone who ever felt isolated or disappointed on his birthday or any other day, and who did not quit trying.

I also dedicate it to all the natives of Aries, and especially to Nathalie.


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